Depuis quelques jours circulent donc deux pétitions pour que l’animation soit plus présente dans la reforme des Césars. A la base je n’aurais du signer aucune des deux car je ne pense pas que les Césars puissent faire quoi que ce soit pour l’animation - et même surement pour le cinéma en général … `
Donc je voulais juste écrire un article sur Zewebanim pour indiquer l’existence de ces deux pétitions et puis voilà.

Aujourd’hui j’ai décidé de signer l’une des deux pétitions et il me semble important de dire pourquoi.

Mais avant j’aimerais affirmer avec tristesse qu’il me semble que les choses auraient du se passer autrement.
Les deux parties le SPFA-Agraf d’un coté, le SPI-SRF de l’autre veulent, jusqu’à un certain point, la même chose comme le font remarquer le communiqué de l’AFCA et un article du Film français. Il aurait été bien pour une meilleure représentativité de l’animation que, dans un premier temps, les 4 syndicats s’arrêtent sur une position commune afin d’arriver unis pour la reconstruction du CA des Césars. Et qu’ensuite ils puissent parler de leurs différences, et même pourquoi pas consulter un peu plus le monde de l’animation pour savoir ce que l’on pouvait en penser. Mais il aurait été bien de faire ça une fois que ces premiers acquis, sur lesquels ils s’entendent, aient bien été entendu par les Césars.

Et là non dans la précipitation des pétitions ont été lancé. C’était tellement précipité qu’un grand nombre de personnes ont signé sans vraiment faire attention de quoi il s’agissait exactement. L’important était de défendre l’animation et donc évidemment on signe …
Aujourd’hui cette précipitation se fait sentir d’autant plus, que certaines personnes ont signé les deux pétitions - ce qui est bien sur un non sens puisque les propositions sont bien différentes - mais ces personnes l’ont fait car elles ont eu l’impression de signer trop tôt quelque chose qu’elles pensaient unique … avant de découvrir l’autre proposition. Et pas de bataille hein je suis persuadé qu’il y en a des deux cotés.

La plus grosse différence entre les deux ?

D’un coté la volonté de créer un Collège Animation et Effets Spéciaux. Un collège qui comme aux Oscars pourrait faire du lobbying pour ce vaste groupe qui représente toute une partie de l’industrie cinématographique. De l’autre donc pas de collège afin de réaffirmer que le cinéma d’animation c’est avant tout du cinéma. Mais la demande d’une représentation de l’animation dans les collèges déjà existant: Producteurs-trices, réalisateurs-trices et technicien-nes. Même si il y a de différences toutes ces équipes réalisent des films que l’on voit - si possible - sur un grand écran.

J’ai signé pour ma part l’autre proposition qui est de ne pas créer ce collège. Pourquoi ?  

Je l’ai fait dans ce que je considère aujourd’hui plus comme un geste politique, à savoir prendre parti pour une vision du cinéma d’animation plutôt qu’une autre.
Il me semble que cela fait des années qu’on essaye de faire comprendre que l’animation n’est pas un genre, que l’animation est l’autre pan du cinéma, l’autre technique.
Et que ce cinéma d’animation peut donc mettre en avant tous les genres du cinéma de la comédie au documentaire, en passant par le fantastique (oui je vous fais grâce d’une énumération fastidieuse de tous les genres cinématographiques :)

Il me parait donc invraisemblable de créer un collège qui remettrait l’animation dans ce petit carcan. J’avais appelé au Boycott du César de l’animation il y a 10 ans lors de sa création car il me semblait fou d’enfermer l’animation dans une catégorie.
Alors la pétition du SPFA-Agraf met en avant le collège de l’animation des Oscars. Mais celui-ci n’a rien fait de plus depuis toutes ces années pour l’animation. Les films d’animation se retrouvent dans la catégorie Animation, dans la catégorie Musiques, Chansons et quelque fois - rarement - dans la catégorie Scénario … là même chose que nous avons nous pour les Césars (et sans collège donc).

De plus mélanger l’animation et les effets spéciaux dans un même collège n’a bien évidemment aucun sens, leur finalité étant bien différente. Et si nous devons prendre exemple sur les Oscars créons alors un collège “Effets spéciaux”. Ce qui serait aujourd’hui normal au vu de l’importance toujours grandissant que prennent les effets spéciaux dans les films. Donnez enfin une vraie place aux effets spéciaux c’est tout simplement honorer une profession qui remonte à la naissance du cinéma.

Je dis politique car je ne suis pas pour le lobbying, c’est ce qui détruit notre monde depuis si longtemps et je n’ai aucune envie que le monde que j’aime utilise ce genre de procédé. Pour moi l’apparition de ce collège ne servirait qu’à ça.

Car à quoi pourrait-il servir d’autre ?

Pas à la nomination pour le court et long d’animation. Ce collège sera surement composé de producteurs-trices et de réalisateurs-trices, il parait donc impensable que ce collège fassent la sélection. Alors peut-être essayer de faire pression pour que des gens du montage, du son, des décors etc … soient enfin nommé-es dans leurs section respective. Mais comme je l’ai dit cela ne marche pas aux Etats-Unis pourquoi plus ici ?

Les deux pétitions je l’ai dit sont loin d’être parfaites mais quand celle du SPFA/Agraf dit: « Au moment où l’Académie veut se porter garante de la diversité, elle doit agir pour inclure tous les métiers du cinéma. » Je ne peux pas m’y reconnaitre puisque dans la plupart des catégories présentes des gens de l’animation pourraient déjà être représentés.

Oui l’animation est sous-représentés aux Césars et si il y a eu création du César de l’animation, que les deux pétitions veulent à priori garder pour le moment, c’était, notamment, pour pallier au fait que rarement un court d’animation ait réussi à obtenir la statuette pour le meilleur court-métrage devant un court en prises de vues continues.
Mais depuis que ce César existe, certes l’animation est enfin plus souvent sur la scène, mais elle ne se confronte que très rarement au cinéma de prises de vues continues.
C’est même pire. En effet aujourd’hui les premiers longs-métrages d’animation peuvent concourir au César de l’animation mais ne peuvent pas être éligible dans la catégorie Premier film … (Stupidité du règlement que l’animation partage avec le documentaire).

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Donc si demain Lorenzo Mattoti, Éléa Gobbé-Mévellec ou Jérémy Clapin réalisent un long-métrage en prises de vues continues ils-elle seront éligibles à cette catégorie de Meilleur premier film … Saugrenu et étrange, c’est le moins qu’on puisse dire …

Mais donc c’est bien dans la disparition de ces clivages que l’on arrivera à modifier tout ça. D’ailleurs: « De plus en plus de grands cinéastes issus de la prise de vues réelles se sont engagés dans la voie de l’animation, et inversement. De plus en plus de producteurs et de productrices s’investissent avec bonheur dans l’un comme dans l’autre » Cette phrase montre bien en effet aujourd’hui la porosité entre les deux milieux et donc la nécessité de ne surtout pas éloigner l’un de l’autre. Cette phrase qui est l’une des meilleures raisons de tout mélanger vient de la pétition du SPFA/Agraf.

Politique aussi parce que je dois le dire je me reconnais plus dans les valeurs défendus par la pétition du SPI/SRF que celle du SPFA/Agraf.
Peut-être que cette dispute peut paraitre presque futile pour certain-es.
Moi qui suis observateur du monde de l’animation depuis un certain temps maintenant je trouve qu’elle montre des profondes différences dans ce monde qui est en constante évolution depuis une trentaine d’années. On peut trouver cela triste ou pas, ce post n’est pas là pour discuter de ça, mais il est évident que le nombre constant de prods, de studios, de réals, d’étudiant-es … bouleversent le paysage de l’animation et il fait forcément changer cette petite famille qui n’en est plus vraiment une aujourd’hui.

J’imagine que certain-es trouveront que j’exagère bien sur, que ce n’est pas une scission mais juste une petite différence de point de vue sur quelque chose qui finalement n’a pas tant d’importance que ça (je peux comprendre ce qui penseront ça, j’ai d’ailleurs dit de suite ce que je pensais des Césars).

Mais il me semble que si l’on regarde les signataires des deux pétitions on constate notamment que dans celle du SPFA/Agraf il y a au moment, où j’écris cette article, 11 réals de courts et 4 ou 5 prods de courts et dans celle de la SRF/SPI il y a 70 réals de courts et une 15 de prods de courts. Non ne vous inquiétez pas je n’oppose pas de façon simpliste l’art du court contre le commerce du long, ce serait ridicule et bien évidemment réducteur de formats qui nous ont chacun apportés de beaux chefs-d’oeuvres.
Et bien sur il y a des gens du long dans la pétition SRF/Spi et donc des gens du courts dans celle du SPFA/Agraf. Ce n’est pas au niveau de la qualité mais surtout au niveau des enjeux économiques que la différence se fait. Ces deux chemins sont politiques car en effet elles nous proposent il me semble aussi deux visions économiques de l’animation et du cinéma.

Alors je connais pas mal de gens dans les deux pétitions et bien évidemment je respecte le travail de beaucoup d’entre elles-eux dans les deux. Il y a bien sur d’excellent-es prods, réals et tous les corps de métiers dans les deux. Et qui croient très forts en leur travail, il n’y a aucun doute sur ça. Il n’y aurait pas les méchants d’un coté et les bons de l’autre bien sur que non. C’est beaucoup plus compliqué.
Et cela montre, encore une fois, le peu de transparence qu’il y a eu dans les discussions menées avant que ces ces deux pétitions nous arrivent. Des deux cotés des gens ont fait un boulot colossal depuis de très nombreuses années et ont permis chacun-e à leur façon de faire avancer, évoluer cet art que j’aime.

Je ne dis pas ça pour calmer le jeu maintenant que j’arrive à la fin de ma lettre, car je le répète il y a un enjeu très fort pour moi derrière le chemin que l’on décide d’emprunter.
Au final nous sommes tous d’accord pour mettre en avant le cinéma d’animation, mais ce monde est tellement vaste aujourd’hui, que je ne suis pas sur que nous voulions tous mettre en avant le même cinéma d’animation.
Et ce n’est pas grave après tout, en prises de vues continues il y a plein de différences, de chapelles, de courants … est-ce bien ou pas ? Ce n’est pas à moi d’en décider - et en tout cas pas dans cet article. Mais ce n’est pas pour autant que ce cinéma ne s’est pas développé.

Ce qui se joue pour moi avec ces deux pétitions doit en tout cas aller au-delà des Césars et nous faire réfléchir au Monde de l’animation que nous souhaitons avoir. 

La pétition SPI-SRF
La pétition SPFA-Agraf


Alexis Hunot, journaliste-enseignant-conférencier

 

Alexis Hunot,