Si vous avez déjà fait des jurys ce moment vous est familier. 
La semaine, les quelques jours avec vos camardes du jury se sont le plus souvent bien passés. On va dire la plupart du temps … 
Les repas ont été fort agréables, les séances se sont déroulées dans une bonne ambiance, vous êtes tombé-es d accord sur une poignées de films, les discussions ont été passionnantes et enrichissantes … Tout va plutôt bien quoi.


Et puis c’est le temps de la délibération, de nouveau un petit tour des films. Parfait. Les arguments ne sont pas des plus objectifs mais ils se recoupent quand même pour la plupart des films. Et puis qui peut prétendre à l objectivité. Nous avons chacun notre propre vision de ce que nous voulons défendre et c’est très bien comme ça. L’important étant de le faire dans un cadre argumentaire riche. Donc on s y retrouve plus ou moins.

Et puis, là, quelque chose change, on doit donner un ou des prix et là tout recommence … 



Il était une fois un jury grenoblois

L’été dernier j’ai eu le grand plaisir de faire parti du jury presse du Festival de Grenoble, avec Léo Ortuno et Nicolas Thys.

Nous sommes rapidement tombe d’accord sur vers où nous voulions aller pour ce prix, vers quoi il nous semblait important de tendre.
Les discussions ont été, comme dans un jury où tout se passe bien, d’une extreme cordialité et très enrichissantes.
Et notre vrai travail, en vue de la délibération publique, a plutôt été de se demander comment nous allions procéder. Si Nicolas avait l habitude, il en est à sa quatrième délibération, il s’agissait d une première pour Leo et moi.



Au final plutôt que de concentrer notre débat sur quelques films nous avons décidé de le mener en trois parties.

-La première consisterait en un survol des différents programmes qui, si il allait être non exhaustif - la durée du débat ne nous le permettant pas - nous permettrait quand même de parler de nombreux films. Car même si beaucoup ne pouvaient prétendre au prix final, il nous semblait avoir suffisamment de qualités pour être cités lors d une délibération.

-La seconde partie nous verrait débattre des films ayant obtenus au moins deux ou trois voix, les une voix ayant été vite éliminés au début de ce second tour.
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Puis la troisième partie verrait s’affronter les quelques films restant. Moment où le débat devient de plus en plus subjectif si les membres du jury n arrivent pas a se mettre d accord.


Les deux premières parties se sont déroulés parfaitement. Avec huit films retenus, la seconde partie a même été plus courte que prévu.
Et au moment de la dernière partie il nous restait quatre films en lice. Mais un seul prix a donner.
Puis au final, le duel. Deux Films. Trois Jures. Un Prix.

Mais.
Car si vous n avez jamais fait de délibération publique il y a un mais. Celui-ci fait d ailleurs tout le charme et la force de ce prix. Il y a au moment de ce final tout un public qui vous regarde. Qui attend. Et qui en plus cette année a Grenoble avait très chaud …

Cette donnée est incroyablement forte car si le public a assisté jusque-là à une discussion portant souvent sur des argumentaires autour des cinémas proposés par les films, il assiste maintenant a un grand débat sur le pourquoi tel film mériterait plus que l autre. 
Alors je ne sais pas si cela se passe toujours comme cela mais dans notre cas nous nous retrouvions avec deux films bien différents qu’il paraissait impossible à départager uniquement sur l’autel des qualités que nous leur trouvions mais plutôt sur des arguments comme: Qui profiterait le plus du prix … et autres beaucoup encore plus subjectifs …



Et le vainqueur est …



… impossible à dire. De longues minutes qui s’égrènent et l’obligation fatidique de donner un nom. Sans pouvoir se départager. 
C’est finalement L’Heure de l’ours d Agnes Patron qui l emporte. Mais il nous paraissait impossible de ne pas faire apparaitre le second film au moins sous forme d’une mention: Bloom d Emmanuel Fraisse.



Deux films très différents. Le premier plus narratif raconte ce moment difficile, complexe ou un enfant voit en quelque sorte la lâcheté des adultes (pour ma vision en tout cas). Graphiquement superbe, un rythme d une grande force et porté par une magnifique musique. Le second est un voyage a travers un Japon mystique, un Japon entre nature et ville déserte, un film de fantôme - comme un petit frère des premiers Kyoshi Kurosawa. 

Un grand merci

D’un cote plus personnel l’expérience a pour moi été d’une grande force. 



Première fois au festival de Grenoble. Que dire sinon que le festival est comme nous aimerions en voir plus souvent, mélangeant admirablement les professionnels et le public de la ville. Une équipe impeccable et ce qui fait la force des grands festivals des bénévoles disponibles, passionné-es …



Première fois comme juré dans un festival mixte. Plutôt spécialiste du cinéma enregistré image par image dans mon travail, il est important pour moi de me battre pour ce cinéma - encore sous représenté - mais sans oublier qu’il est de la même famille que le cinéma enregistré en prises de vues continues. Le fait que des gens plus spécialisés dans un style, dans un genre, dans une technique puissent être jury dans des festivals qui ne font pas forcement partie de leur spécialité est d’une grande importance pour moi. La très belle qualité de la programmation n’a fait que rajouter à ce plaisir. 



Première fois pour un jury délibérant devant un public. Et l expérience est extraordinaire.

 Cela aurait pu ne pas marcher et terminer en une espèce de show entre nous, une bataille d’ego. Et il en a été tout le contraire. Nous ne nous sommes pas battus pour avoir raison mais pour mettre en avant des cinémas qui nous paraissent important. Et développer cela devant un public plutôt qu’entre quatre murs a rendu la chose d autant plus passionnante et importante. 

Le site du festival