Il y a des phrases que l’on aimerait tellement pas écrire.

Je ne vais pas mentir je ne connaissais pas bien Rosto, et on ne peut mentir quand la mort intervient comme ça de façon si brutal. Rosto comme pour beaucoup de gens m’intriguait et m’impressionnait, de par la nature de ses films et de par son envergure quand on le rencontrait.

Surtout que mon rapport avec ses films étaient particulier, j’avais été fasciné par The Rise and Fall of the Legendary Anglobilly Feverson et Jona/Tomberry.
Une fascination du aussi à mon amour du cinéma de Lynch et de tout un courant surréaliste d’un cinéma à la Svankmajer. Non que ces cinémas se ressemblaient mais justement Rosto apportait une image plus récente, un mélange d’art vidéo et d’animation, mais de façon instinctive. Je me sentais proche de ce cinéma qui ne cherchait pas à me faire comprendre, à m’expliquer mais à me faire ressentir. Je crois que le mot fascination correspond le mieux à ce que je ressentais, un univers qui m’effrayait et m’attirait bien sur en même temps.

Puis le Monstre de Nix m’a éloigné de son cinéma, et je n’y suis revenu avec ce qui sera malheureusement son dernier film, Reruns. Beaucoup de choses ont été dite sur le film, comme film testamentaire ou autre. Pour moi le film permettait surtout au réalisateur de nous montrer son coté sensible et touchant.
Ses films, qu’ils nous touchent ou pas, parlaient à nos angoisses personnelles, à des choses - enfouies ou non - dont il n’est pas forcément facile de parler et que ses films nous permettait d’extérioriser. Avec ce dernier film il abordait un autre style de cinéma, une nouvelle vision, sa disparition nous en prive de manière terrible.

Mais comme le dit Antoine Bieber, dans le texte posté hier sur le site, rencontrer Rosto, discuter avec lui de ses films s’était s’ouvrir sur une autre dimension de lecture, une autre vision. Je ne l’ai vraiment rencontré qu’une seule véritable fois Rosto, grâce au bonheur que j’ai de travailler pour le Ficam à Meknés. Antoine dans son texte me remercie de lui avoir fait rencontrer Rosto via une interview pour Zewebanim.
Je ne remercierais jamais assez Mohammed Beyoud de m’avoir permis de croiser ne serait-ce que pour quelques heures une si belle personnalité, si généreuse. La rencontre autour de son cinéma a été, sans aucun doute, l’un des moments - des nombreux Ficam que j’ai pu faire - les plus intenses et passionnants de ma carrière d’intervieweur.
Non je connaissais pas bien Rosto, pourtant ne plus voir sa silhouette, ne plus voir son sourire diabolique et terriblement humain, va manquer à beaucoup d’entre nous je sais.

L’interview de Rosto par Antoine Bieber

 

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