Nous sommes dimanche. Je suis assis dans un bar. Et le jury professionnel qui va décider des prix pour le PIAFF est assis juste derrière la vitre, à l’extérieur. A part quelques rires aucun son ne parvient jusqu’à moi.

Seul devant son choix

J’ai décidé en arrivant au PIAFF l’année dernière de faire la sélection seul. Je voulais pouvoir défendre chacun des films que je montrais. Non, pas défendre. Plutôt pouvoir expliquer. 
J’ai participé à plusieurs comités de sélection. Et si il est passionnant de partager avec d’autres personnes, le choix final n’est pas toujours facile à expliquer.
Et pourtant le travail de sélectionneur et programmateur ne devrait pas rester opaque. Nous avons un devoir devant les créateurs-trices et une responsabilité par rapport aux spectateurs.

Quoi de plus passionnant quand on organise un festival que de choisir les films, de les programmer afin de les mettre en valeur … Tel est la beauté du métier de programmateur, permettre aux films de rencontrer des spectateurs. 
On peut juger sur des critères techniques, thématiques, avoir un point de vue historique ou militant. Mais le but est de montrer des films en espérant que cela puisse déboucher sur un partage avec les spectateurs. 

Faire la sélection seul, pour moi, c’est essayer de tisser ce lien. Je ne suis pas là pour le film, pour le/la réalisateur-trice, pour les spectateurs, pour moi. Mais bien pour que tous nous puissions nous extasier, détester, rigoler, pleurer ensemble. Ou même emporter tout ça pour y penser seul(e) chez soi.

Visible de l’extérieur

Mais à part quelques fois. Souvent par d’autres programmateurs-trices. Les sélections sont peu commentées. Quelques fois pour les grands festivals, enfin surtout Annecy …

Alors oui on peut râler en sortant des salles. Mais qu’est-ce que film fait là ? Pourquoi tel ou tel film et pas cette autre là ? Mais rarement de façon détaillé. 
L’année dernière et cette année j’ai eu quelques compliments sur la sélection. Ce qui fait bien sur énormément plaisir. Comme pour tout travail accompli, il est toujours encourageant et rassurant d’avoir des retours positifs.

Mais de l’extérieur du festival, à savoir hors participants et spectateurs, le festival est surtout visible par son palmarès. 
Quelques personnes qu’on a choisi vont décider de cette visibilité. 

Et pourtant

Je ne suis pas pour les prix. Mais ils sont donc importants pour la visibilité d’un festival. Ils font, des fois, plaisir aux réalisateurs-trices. Et bien sur les producteurs.

Mais quelle difficulté de choisir. Car là il ne s’agit pas de se demander si on a envie de montrer tel ou tel film mais plutôt de dire quel film est meilleur qu’un autre. Je parlais avec l’un des jurés de cette année qui me disait qu’on ne pouvait nier l’idée de l’Art majeur. Je ne suis pas tout à fait d’accord. En tout cas, il me semble, que c’est très difficile à juger à l’intérieur d’un jury qui souvent ne se connait pas et qui ne vit que quelques heures ensemble pendant le festival (alors que l’on sait que comme les bon vins, la décantation pour un film est important)

Meilleur qu’un autre ? Déjà en sport il est difficile de vraiment savoir qui est le meilleur. Enfin si il y a le score, le résultat final. Mais tous les sportifs ne partent pas avec les mêmes chances. Selon leur pays, l’argent des sponsors … Il en est de même pour les films. Comment comparer un film expérimental avec un film narratif, comment comparer un film avec une technique parfaite et un film qui a envie de garder une énergie du premier jet ?


Si. Grâce à la subjectivité de chacun. On se construit en tant que spectateur à chaque film que l’on voit.  Et c’est un instantané de cette subjectivité que me rendront dans quelques minutes, heures les 5 jurés qui sont derrière cette vitre, assis autour d’une table dans la chaleur d’un dimanche de septembre parisien.

Et cela me suffit

Finir sur la phrase précédente aurait été facile. Mais il faut que je précise que j’ai choisis ces 5 jurés. Comme j’ai choisis les autres jurés des jurys du PIAFF, depuis l’année dernière. Et que c’est justement pour ces parts de subjectivité que je leur ai demandé de faire le palmarès qui me permettra de faire parler un peu de ma sélection.

Le jury étudiants n’a pas fait de compromis mou. De décision pour faire plaisir. Ou plutôt pour ne pas bousculer ou vexer l’un ou l’autre.

Le seul plaisir d’un palmarès pour moi en tant que sélectionneur est ce style de palmarès. 
Que celui-ci ait une logique, qu’il mette en avant non pas un mais des cinémas, qu’il nous fasse réfléchir sur ce qui nous entoure, sur le cinéma, qu’il soit politique et sentimentale, qu’il nous fasse vivre un peu autrement. Alors je sais que le lien que j’ai tenté de mettre en place s’est bien construit.

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Le Jury Pro du PIAFF17